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Portrait d’un photographe : Yves PAPAGENO

Né à Reims, le 20 mai 1959, Yves PAPAGENO a baigné dans un milieu artistique depuis sa plus tendre enfance. Sa mère, femme de lettres et amatrice d’art, lui offre son premier appareil photo à l’âge de dix ans et l’inscrit à l’école des Beaux-Arts de Reims.
Depuis, il pose un regard aiguisé sur les gens et sur les choses qui l’entourent.
“La photographie ne trahit pas la réalité, elle ouvre les portes de l’indicible, offre la possibilité d’exprimer la joie, la douleur et les pensées les plus intimes. Elle est jeu ou violence, élégance ou déchirement. Une langue universelle en somme.”
Récompensé à de nombreuses reprises pour son travail, Yves papageno, infatigable perfectionniste, laisse libre cours à son imagination pour brosser des tableaux uniques.
“A quoi bon la technique si c’est pour créer des images vides de sens. La vie, la vie, la vie …rien que la vie !” Aime-t-il répéter.
Yves PAPAGENO est exposé dans de nombreuses galeries, en France et à l’étranger. Paris, Bordeaux, Lyon, Marseille ou encore Londres, Berlin, Hong-Kong, New-York, Moscou. Sa cotation galerie est excellente mais il désire rendre l’art photographique accessible à tous, refusant le diktat d’un milieu artistique élitiste et étriqué.
Il a fait le choix de faire des tirages open mais de qualité, contrôlant la qualité de l’impression sur toile 100% naturelle. Il vérifie et signe chaque tirage au dos de l’oeuvre.
“Finalement, au-delà de la photographie et de l’émotion que j’essaie de fixer, ce sont les gens qui s’approprient les images qui m’intéressent.”

 
Trait d’union: « Yves, pouvez-vous nous parler de votre parcours? Votre formation? »

Yves Papageno : « C’est si compliqué et si riche en même temps. Mon parcours artistique débute dans ma petite enfance. Une mère cultivée, folle amoureuse de l’art. Elle était la fureur de vivre qui donnait la main au spleen le plus profond. Il était écrit sur la porte de ma chambre de petit garçon « Ne pas déranger, je pense. »

Ma mère aimait voir en moi un être au regard différent et j’ai sans doute fini par le croire. J’ai accepté, par amour, de m’emmerder à cent sous de l’heure dans des cours de musique au conservatoire, dans des cours de dessin à l’école des beaux-arts. Qu’est-ce que c’était long !! Mon père possédait un excellent appareil photo et les projections de diapos sur un grand écran me faisaient rêver. J’entends encore le son du ventilateur et le contraste des diapositives. Tout était en couleur. Paysages et portraits défilaient, merveilleux. Je pouvais percevoir dans un regard le plaisir ou la détresse, la complicité ou le dégoût.

Nous avions à la maison des collections entières de livres d’art. Je passais de la grâce de la Vénus d’Urbino que m’offrait Titien aux nus les plus intimes de Modigliani. Je cheminais dans les allées des musées parisiens pour parfois m’asseoir des heures devant un tableau. « Mais qu’est-ce qu’il me raconte cet artiste? ». C’est sans doute la seule question que je me posais. Et puis, adolescent, j’ai découvert les grands photographes, dans des livres. J’ai compris qu’il ne suffisait pas d’appuyer sur le déclencheur pour faire une image. J’ai installé un labo dans la salle de bain familiale et me suis émerveillé devant les photographies qui sortaient du bain de révélateur. J’ai aussi souvent pensé « Quelle merde cette photo ! Tu es nul ! » Je développais des clichés en écoutant de la musique. Pauvres voisins qui ont dû supporter Yes, Genesis, Ten years After, Janis Joplin et tant d’autres musiciens à travers les murs du grand appartement que nous occupions à Reims.

Finalement, au-delà de la technique de base que j’ai dû apprendre comme tout le monde, ma formation est dans toutes les expériences de ma jeunesse et dans celles d’aujourd’hui. J’essaie de garder cette capacité à toujours m’émerveiller. C’est bien plus important que mes études de l’histoire de l’art. Je me suis formé en ouvrant les yeux sur le monde. J’ai bien plus appris de la photo dans la rue que dans les amphithéâtres de la faculté.

 

Trait d’union : Selon vous, quelles sont les qualités essentielles pour être un bon photographe?

Yves Papageno : « Passion, sensibilité, curiosité, motivation, persévérance, ouverture, culture, patience ».

 

Trait d’union : « Votre travail est très varié. Comment expliquez-vous une telle diversité? »

Yves Papageno : « J’admire les photographes capables de devenir de vrais spécialistes du nu, de l’architecture ou du minimalisme mais je ne serai jamais de ceux-là.
Je m’ennuie très vite et j’ai besoin en permanence de me lancer de nouveaux défis, de prendre des chemins de traverse.
J’aime déambuler dans les rues de Paris, sans but, la main de ma femme d’un côté, l’appareil photo de l’autre.
Je  pourrais faire un parallèle avec l’activité du pêcheur. La truite n’est pas toujours au rendez-vous et il lui faut souvent se contenter de quelques perches. Mais il garde toujours l’espoir de prendre un beau poisson.
En hiver, il m’arrive de m’enfermer dans un studio mais j’en sors toujours assez vite, surtout si je réussis quelques clichés.
Quand je fais une série comme « NINA » avec quatre nus qui me parlent, je remballe et je passe à autre chose. Une belle truite me suffit.  »

 

Trait d’union : « Quel domaine maîtrisez-vous parfaitement? »

Yves Papageno : « Aucun ! Mais je sais quand une image raconte. Je sais quand une photo se casse la gueule ou quand elle manque de profondeur.
Je crois que je maîtrise très bien le maniement de la corbeille sur mon ordinateur. Je sais très bien jeter ce qui me semble vain. Une image me fait de l’oeil parfois, semblant me souffler « Regarde comme je suis belle, impressionnante, WAOUHH non? ». Non !! tu es belle certes mais tu m’emmerdes ! Allez hop, à la poubelle !
Plus sérieusement, je sais cadrer et utiliser la lumière, voir dans un regard la profondeur et dans un ventre la chaleur.

 

Trait d’union : « Vos histoires photographiques sont pour l’essentiel en noir et blanc. Pourquoi? »

Yves Papageno : « J’ai toujours aimé la photo en noir et blanc. Elle me permet de me recentrer sur l’essentiel à savoir l’émotion brute. En noir et blanc, si une photographie n’est pas parfaite au niveau de la lumière, du cadrage, et du message transmis, elle sombre immédiatement.
Prenons une photo comme « BOTTOM – VERSAILLES ». Un temps orageux, une lumière très contrastée et une statue dans les jardins du château de Versailles.
Une paire de fesses magnifiques entre deux averses. Le noir et blanc va m’aider à me débarrasser de ce qui est superflu. Et cette image est accrochée dans notre salon.
Cette image me procure le même plaisir qu’un nu tendre comme « MURMURE ».
Le noir et blanc me parle tout simplement ».

 

Trait d’union : « Quelle est votre plus belle expérience photographique? »

Yves Papageno : « J’hésite entre deux histoire humaines. Mais je vais vous conter l’histoire d’une image, « BACK TO SAHARA », cliché d’une rencontre, à Marrakech. Juste pour vous dire que les images ne sont qu’histoire ou expérience.

C’est l’histoire d’un type bien. Moustapha tient une petite échoppe à Marrakech, un endroit poussiéreux perdu dans la Médina. Il me dit qu’il est Berbère et qu’il tient ce magasin de son grand-père, venu faire quelques affaires au pied de l’Atlas il y a bien des années. Il me propose d’être mon guide et je le suis. Marrakech doit compter autant de guides que d’habitants mais c’est lui que je choisis. Il boite car il est tombé d’un toit quand il n’était alors qu’un enfant. Moustapha me conduit dans les endroits les plus reculés de la ville, marchant à quelques pas derrière moi pour ne pas être pris par la police municipale. Il n’a aucun droit de me guider, aucune carte professionnelle, aucune tenue officielle. Il n’a que son sourire, l’échoppe du grand-père et des amis un peu partout dans les fondouks, ces ateliers qui accueillent Berbères ou Arabes, artisans ou commerçants.
Ces ateliers accueillaient il y a fort longtemps les hommes du désert. On pouvait y mettre les dromadaires dans la cour carrée. Chaque chambre offrait un lit, un réchaud pour le thé. On y travaillait toute la journée pour se coucher à la nuit tombée dans les vapeurs de Kiff et de menthe fraîche.
Je croise Moustapha tous les jours. C’est période de Ramadan et il m’offre quotidiennement une tasse de thé, une soupe ou quelques dattes, le soir quand le jeûne prend fin.
Le guide devient mon ami au fil des jours et il parle encore et encore, bourrant sa petite pipe de Kiff, déposant chez le boulanger quelques morceaux de viande pour le tandjia, de l’agneau confit par une cuisson lente.
Non, Moustapha n’a jamais été Berbère. Il est Arabe. Sa famille vient du désert. Sa maman vit à Marrakech. La vente de quelques vêtements confectionnés par ses soins, « Je suis styliste » aime-t-il à répéter, ses activités de guide clandestin, mettent quelques sous dans le pot commun. Evidemment, jamais son grand-père n’a jamais eu la moindre échoppe à Marrakech.
Moustapha est comme tous les commerçants de cette ville merveilleuse, un immense baratineur. Mais son coeur est grand, je le lis dans son regard doux.

Un soir, assis comme tous les soirs sur les marches de sa boutique, il me raconte la famille restée au Sud. Le Sahara n’est qu’à quelques centaines de kilomètres. Une petite distance pour nous, un chemin gigantesque pour l’homme qui n’a presque rien.

« Un jour, un Arabe m’a conduit sur la route du désert. J’allais pouvoir embrasser les miens. Nous avions trouvé une solution pour payer les frais de route. Nous avions chargé la voiture de bijoux, de babouches et d’huile d’argan. Et puis nous nous sommes disputés à propos du partage des bénéfices. Nous étions à Ouarzazate, aux portes du Sahara. La brouille nous a séparés et j’ai dû repartir pour Marrakech, sans un sou, abandonnant tout espoir de revoir cousins, tantes ou neveux. J’étais si proche, si proche. »

Le kiff marocain délie les langues et adoucit les coeurs. J’ai vu la bonté et l’amour dans le regard de Moustapha. J’y ai vu également la fierté d’un homme du désert. Alors j’ai sorti mon appareil photo et j’ai déclenché.

BACK TO SAHARA

Un jour, je t’y emmènerai, Moustapha, car je n’oublie jamais ».

Trait d’union : « Quel est votre hit-parade des photographes? »

Yves Papageno : « Man Ray, Henri Cartier-Bresson, Sabine Weiss, Robert Capa et bien d’autres ».

 

Trait d’union: « Quels conseils donneriez-vous à un jeune photographe? »

Yves Papageno : « Photographiez moins et ouvrez vos yeux sur tous les arts. Nommez vos meilleures photos. Laissez de côté les clichés que vous trouvez bons et que vous n’arrivez pas à finaliser dans le  post-traitement et reprenez-les bien plus tard. Méfiez-vous de l’effet « Waouhh » propre à notre époque et cherchez la profondeur. »

 

Trait d’union : « Quels sont vos projets pour 2019? »

Yves Papageno : « Courir le monde avec mon épouse et faire des images. Finaliser un projet de nu artistique qui encombre mon esprit. Aller à l’opéra (une passion).

Gâter mes enfants et mes petits-enfants.

 

Trait d’union : « Yves PAPAGENO, merci beaucoup pour ce moment de partage. Un dernier mot? »

Yves Papageno : « Carpe diem »

 

Vous retrouverez bien sûr Yves PAPAGENO sur facebook et Instagram et sur son site: www.papageno-photography.com

 

A la prochaine…

 

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